De l'exposition "Racines, vitalité et résilience", 2024
Suite à mes deux visites à l'atelier de Pascale Charrier-Royer...
Paule Martigny, Galerie Mémoire des Arts, Lyon 6
Quelle fut ma première impression quand Pascale Charrier-Royer m'a présenté sa nouvelle série
Racines, celle qui sera inscrite dans le programme Résonance de la 17e Biennale d'art contemporain
de Lyon ? J'ai été surprise par la radicale différence de traitement d'avec son exposition précédente.
Puis, j'ai immédiatement noté la force du souffle, la verticalité opérée dans de grands formats, le
désir d'élévation.
Le vert est très présent avec sa valeur d'espoir. Le Tourbillon de la vie, une de ses peintures,
rassemble l'impression générale. Dans une autre toile, l'appel de la forêt est signifié en lignes serrées
qui permettent l'épanouissement de la nature. Mon regard s'attarde sur un mélange de lignes
torsadées qui forme d'un sablier en torsion. Il exprime la diversité avec tous ces fils emmêlés qui
fusionnent. Toutes les civilisations, toutes les couleurs, et une idée de notre devenir.
Sur un autre format, point de profusion, une seule racine. C'est le mystère profond de la filiation.
Plus loin, aucune racine, c'est le manque, mais pourtant une ligne est hors champ dans un désir de
vie. Être est le maître mot, signifié ailleurs par un tronc. Pour ne pas oublier d'où on vient, de jeune
pousses vertes sont visibles en bas de l'arbre nu. Dans le seul grand format horizontal, les racines
plongent dans l'eau. Etonnamment la terre est en surplomb. L'avant-dernière toile exprime le
tiraillement lorsqu'on vient de plusieurs cultures. Que voit-on dans Jeune pousse, la dernière toile
de la série ? Un visage androgyne les yeux clos, image d'humilité et d'un réveil en attente.
Ces toiles qui m'entourent me portent à cette réflexion : L'art est déjà né et il n'est pas encore né en
référence à Brancusi.
Le lien est puissant, le futur et le passé sont entremêlés.
Cette production de Pascale Charrier-Royer illustre parfaitement la phrase du peintre René-Maria Burlet :
La peinture, pourquoi faire ? Sa production est liée à une profonde réflexion. L'artiste ne nie pas les influences
qui ont régi sa nouvelle direction, elle assume ses admirations. Elle s'en est nourrie. Le déclencheur
fut Cy Twombly comme elle l'explique dans notre entretien. Au même titre que Robert
Rauschenberg, Joan Mitchell ou Jean-Paul Riopelle, il faisait partie de la génération qui suivit celle
des chefs de file de l'expressionnisme abstrait américain, mouvement post-seconde guerre mondiale
devenu un mouvement d'avant-garde de l'école de New York. Ils se nommaient Jackson Pollock,
Mark Rothko, Lee Krasner, Willem de Kooning. Inspirés par le surréalisme, les Nymphéas de
Monet et Vassili Kandinsky, ils peignaient sur de grands formats.
Le lien qui a donné à Pascale Charrier-Royer la direction de la première toile de Racines et sa suite,
c'est le roman Madame Bâ d'Erik Orsenna. Elle a perdu sa mère fin 2022. Orpheline, ce nouvel état
l'a portée à créer Racines. Une fin, et une suite. Car Pascale Charrier-Royer travaille par sujet. C'est
le sujet qui lui donne ses directions.
Paule Martigny – Mémoire des Arts
De la série "Nouveau monde" 2020
Ecrit par " Canoline Critik", critique d'art
Concernée par son époque et son temps, l’artiste montre l’avant et l’après de la construction d’un nouveau monde.
« La série « Nouveau Monde » est née d’un constat planétaire, d’une évidence de mettre en exergue une réalité objective telle que la montée des eaux, la pollution ou encore la disparition des espèces pour questionner l’homme et le mettre face à ses responsabilités. »
La valeur contemplative et atmosphérique de sa peinture offre un nombre incalculable d’apparences à l’état d’énigmes. Ce sont des terrains de questionnement dictés par l’aléatoire où le spectateur construit sa propre représentation. L’apparition-disparition répond à l’éloge du geste de l’artiste où tout est question de mouvement et de déplacement.
Les effets de textures, d’empâtements et de modulations à l’huile par ajout et retrait
à l’aide de couteaux, de brosses et de pinceaux sur toile orientent vers un équilibre dynamique, une impression de continuité qui aboutit à une abstraction élégante. Des accents vigoureux impriment la marque visible que l’artiste qualifie de « cicatrices de l’évolution. »
Des racines jusqu’aux cieux, ce véritable parcours lumineux de paysages réinventés, bousculés, recommencés apportent un morceau de rêve ; une porte d’accès vers le renouveau. Les mouvements descendants et ascendants participent à cette impression de trajectoire ouverte, vers une destinée que chacun peut composer.
La résonance de la nature est au cœur de l’œuvre. Elle examine l'impact du dehors vers le dedans, de l'intérieur vers l'extérieur. Ce panorama porte un soin particulier aux valeurs des couleurs qui abolit les frontières picturales.
« La nature est au centre du problème puisqu' il s’agit de la défendre pour notre survie. »
Des oiseaux messagers, guerriers, leaders de liberté sont annonciateurs d’une ère victorieuse. Dans cette logique de déploiement, une certaine pérennité picturale émane, c’est un repos, un arrêt suspendu dans les airs.
D’autres empreintes, des "Paysages intérieurs " invitent à la redécouverte de soi et à l’introspection spirituelle. C’est le cas aussi des portraits avec la série "Ensemble" qui sollicite une réaction, un face à face avec l’autre et soi-même.
« Pour que chacun se sente concerné. Car c’est l’affaire de tous. La solution passe par une réponse à la fois individuelle et collective. »
Ces témoignages esthétiques nous transportent pour tenter de définir le chemin individuel mais aussi la pratique de « l’être ensemble » en donnant une forme à l’espace qui nous relie et qui nous sépare pour nous réinventer.
Pascale Charrier-Royer délivre un message poétique et activiste où se mêle émotion et réflexion pour inviter chacun à rebâtir un monde nouveau, plus respectueux de la vie, des hommes et de la planète.

Extrait du livre de l'exposition "De la sagesse", 2020
De la série "Transition", 2021
Pascale Charrier-Royer, vers une nouvelle destinée
« Notre ère vit une période transitoire de métamorphoses, tout comme la vie qui s'y développe et qui doit s'adapter, à rebonds… »
Où va le monde, Transition, Métamorphoses, Rebonds, Évanescence sont des toiles récentes de l’artiste qui témoignent d’une nouvelle étape dans sa démarche artistique où il est question de bouleversements et d’évolutions. Pascale Charrier-Royer y décrit les signes de la transformation qui s'opère sur notre réel.
Des signes, des mots prolifèrent et se mettent en forme, en phrases, en réseaux autour des œuvres. Ils témoignent de ce monde visible en crise qui amorce une mutation majeure. Un message que chacun pourra ressentir comme une vibration universelle.
Dans cet univers, les espaces s’ouvrent et se rencontrent, percent le lien ténu entre les temporalités qui figent l’instant sans paradoxe.
« Mes toiles La traversée, Passerelle, Lianes, Migration, En route, En mouvement font le lien entre le passé et le futur. »
La peintre témoigne des tiraillements entre deux mondes ; celui d’hier et de demain où les déchirures sont évoquées telles des failles visibles qui provoquent la rage et la colère.
« C’est un sentiment ponctuel, éphémère, nécessaire pour faire le deuil du passé. »
Propulsés dans un espace-temps indéfini, ces terrains créent une atmosphère de confusion et de désorientation. Leur valeur contemplative offre un état d’énigmes.
Entre exutoire et fascination, du chaos vers l’espoir, les toiles soulignent pourtant l’aspect inévitablement vital, d’une pulsion de vie. Des symboles de quête de bonheur, fédérateurs d’humanité sont ainsi évoqués dans les œuvres L'envolée ou encore L'ascension.
Dans le mouvement, sa peinture instinctive donne corps à des aplats, des lignes qui permettent de se faire face avec optimisme dans un jaillissement vivant, mouvementé, haut en couleur.
« La gestuelle est vive car il nous faut façonner notre destin, bâtir, agir et être dans l'action. »
Pascale travaille sur toile de lin. Elle utilise des pigments à l’huile qu’elle ordonne par la brosse et le couteau. Un véritable rapport de force se transmet au spectateur sous forme d’abstraction gestuelle qui participe à une trajectoire ouverte, une sensation de dépassement, au-delà de la limite, vers une nouvelle destinée qui revitalise la contingence.
Canoline Critiks.
Critique d’art
De la série "Parce que tout s'envole", 2022
Pascale Charrier-Royer, entre force et fragilité
" Je souhaite montrer la volatilité de la vie, des sentiments, de notre planète et son interdépendance avec notre cosmos. Comme le vent et l'air, tout nous échappe..."
Réalisée à l'huile sur toile, la nouvelle série de Pascale Charrier-Royer "Parce que tout s'envole" célèbre l'éphémère qui se cache dans les multiples combinaisons possibles du monde. Ses oeuvres sont un lieu de relecture de l'environnement où la force des éléments est déterminante pour la quête du devenir.
"Cette série est née d'une réflexion sur la force et la fragilité à la suite du spectacle de danse "Zéphir" de Mourad Merzouki auquel j'ai assisté en janvier 2022. C'est un dialogue entre le souffle et la danse où les danseurs se livrent à un véritable corps à corps avec les vents marins."
Dans cette série, chaque oeuvre adopte des occasions de mutation en acquérant une identité autonome, inédite, figeant ainsi des états transitoires et fugaces et en rendant permanents les états les plus évanescents.
L'artiste libère sa touche de toute contrainte et parsème l'espace de ses empreintes abstraites; des traits, des courbes, des tourbillons colorés. Certains sont très grraphiques et s'apparentent même à des figures totémiques ou calligraphiques, d'autres sont plus discrètes et plus légères.
Un souffle cosmique se déploie ainsi comme une vibration universelle. Le procédé chromatique offre une perspective secrète, la création d'espaces cachés intégrés dans la profondeur laissant surgir la révélation et la surprise picturale.
Cette peinture, aussi énergétique qu'atmosphérique, porte attention aux accidents, aux failles de l'essence originelle. Elle montre des fêlures générées par le mouvement, une sorte de chemin qu'emprunte l'énergie qui traverse la toile. Comme un éclair qui laisse sa trace dans le ciel, un tremblement de terre qui se propage, un vent vital d'une grande force poétique.
Ces incisions laissent surgir de la surface une révélation, un écho habité d'un espace-temps non défini. Dans cet instant, les circonstances déterminées de son geste se confrontent aux accidents involontaires de la création.
Ces marques temporelles génèrent la trace d' une histoire, d'une mémoire. Elles sont les failles d'un univers toujours en tension, entre la vie et la mort. Elles soulignent les potientalités d'errance et nous transportent dans une course contre l'immuable. Un véritable témoignage de présences qui se révèlent, s'effacent et que la peintre sauvegarde avant la disparition.
Pascale Charrier-Royer présentera "Parce que tout s'envole" en résonance avec la 16e édition de la biennale d'art contemporain de Lyon, Manifesto of fragility.
A cette occasion, elle présentera également une installation MURMURE à base de tulles et poystyrène (vidéo sur grand écran derrière des bandes de cercles de tulle emmêlés, liés, en mouvement.) Au centre de l'installation, sur une musique synthétique et lumière de Heidi Habb, une performeuse , Corinne Benzema, évoluera lors du vernissage.
Canoline Critiks
Résonance originaire : les racines de Pascale Charrier-Royer, série 2023-24.
Elles sont des symboles puissants de connexion, de croissance, de résilience et soulignent l'importance de rester fidèle à ses origines tout en évoluant. Les racines de Pascale Charrier-Royer invitent à une réflexion profonde sur l'essence même de l'existence humaine et de notre relation avec le monde qui nous entoure.
« Cette série a été initiée par le fait que je sois devenue orpheline en novembre 2022. L’œuvre "Madame Bâ" est la première de la série, elle s’inspire du personnage du roman d’Erik Orsenna:
une femme qui porte en elle l'humanité tout entière. »
Pascale Charrier-Royer capte la complexité organique des racines. A l’huile sur toile, elle dévoile leur empreinte de beauté, leur aspect tortueux, leur force cachée et leur capacité à s'ancrer profondément dans la terre tout en cherchant la lumière. Les nuances de luminosité et d'ombre jouent d’ailleurs un rôle crucial dans la mise en valeur de leur caractère complexe, offrant une profondeur visuelle et émotionnelle aux œuvres.
La palette aux nuances infinies laisse une place récurrente à la couleur, digne représentante contingente de la nature. Cet aspect changeant fait état de bouleversements à l’image du cycle des saisons où les tonalités vives et chaleureuses côtoient les plus froides.
L’artiste multiplie les racines, les superpose en capturant leurs textures, leurs formes sinueuses et leur vitalité. Les lignes semblent prendre un élan pour se déployer dans un espace infini. La technique d’accumulation et de superposition laisse une impression de désorientation. Il s’agit de questionner le provisoire et le mouvement de la vie.
Les racines sont les veines de la terre, un réseau complexe et mystérieux qui puise dans les profondeurs pour soutenir et nourrir. Leur signification métaphorique est profonde, elle symbolise les fondements, les origines et les liens ancrés entre le passé et le présent, ce qui nous relie. Elles miment la nécessité de notre existence au monde et à la cohésion fraternelle. Une société fascinante dans laquelle intérêts particuliers et collectifs viennent à se confondre.
Les racines comme métaphores de l'identité explorent les notions de lieu, de famille et d'appartenance. Elles mettent en lumière les liens entre les individus, les communautés et les traditions, la diversité, les histoires partagées et le multiculturalisme, toute la richesse qui découle de la diversité de nos origines.
« Le désir de remonter aux origines est une aspiration profondément ancrée dans la nature humaine. Il est motivé par notre besoin de sens, de compréhension, de trouver les fondements solides (…) nous poussant à explorer notre place dans l’univers. »
Les racines de Pascale Charrier-Royer évoquent cette croissance personnelle, soulignant l'importance de rester enraciné tout en cherchant à s'élever vers de nouveaux horizons. A travers ce relais sensible où l’élan vital suit sa trajectoire, de la racine au firmament, les formes de vie se déploient et résonnent ensemble.
Canoline Critiks.
« Racines, vitalité, résilience » , exposition Galerie 41
41 rue Saint-Georges du 4 au 18 octobre
En off de la Galerie Mémoire des Arts - Commissaire d'exposition Paule Martigny
Entretien de Pascale Charrier-Royer par Paule Martigny le 23 avril 2024
Pourquoi choisis-tu des grands formats ?
Les grands formats m'offrent plus de liberté, de spontanéité. Ils permettent la libération de l'énergie
qui est en moi.
Et celui de la verticalité que je constate majoritaire ?
Elle est aléatoire. Elle dépend des sujets. Actuellement comme je traite du sujet de la croissance, la
verticalité s'impose. Les racines, c'est le développement, l'épanouissement, la croissance.
Comment s'est opérée la naissance de ton sujet actuel?
Ça fait plusieurs années que je travaille sur le sens de la vie. Il y a eu la mort de ma mère qui m'a
incitée à m'interroger davantage sur un sens plus intime, sur « la racine ». C'est ce mot qui m'est
venu en premier pour nommer ma série, qui en fut le fil conducteur.
Je vais tenter de décliner ce mot-là en différents chapitres. Les titres de chaque section seront
également les titres de mes tableaux. Le développement de l'homme, sa croissance ou non liée à ses
origines, famille, pays, univers... J'ai élargi mon sujet au-delà de l'histoire de l'individu.
Parle-moi de ta filiation avec le thème de la Biennale qui, rappelons-le est : Les voix des
fleuves. Crossing the water?
Les fleuves sont des liens. Ce sont les liens qui raccordent ma série au titre de la Biennale. Les liens
dans la société. Les racines sont nos liens. Au moment où je travaillais sur cette nouvelle série je ne
connaissais pas le sujet de cette Biennale. Elle était déjà bien avancée quand j'ai pris conscience
qu'il y avait un rapport.
J'ai découvert ton travail lors de ton vernissage à Maison Magenta avec une suite très
différente.
Oui, c'est exact. C'étaient toujours des paysages intérieurs mais exprimés d'une autre manière, plus
clame, plus sereine.
Il y a plus de six ans d'écart avec ces peintures qui datent de 2016 et 2017.
Comment s'est produit ce changement ?
C'est presque venu soudainement. Parce que je n'osais pas. Je n'osais pas le lâcher-prise.
Tu imagines que les gens qui ont suivi ton travail puissent être déconcertés ?
Oui bien sûr mais c'est un retour aux sources dans le désir de peindre comme une enfant.
L'organisation principale du tableau est toujours commune. Le couteau perdure mais dans une
mixité. Je me suis ouverte à plus de liberté. Je me sers de mes expériences techniques et
expérimentales.
Qu'est-ce qui a prévalu à cette nouvelle manière ?
L'exposition Cy Twombly au centre Pompidou. Cette œuvre a produit un déclic en moi. Une
libération. Après je me suis intéressée aux artistes américains post- 2ème guerre mondiale.
Joan Mitchell au musée de Grenoble, puis à la Fondation Vuitton en résonance avec Monet, m'a impressionnée. Je
m'appuie aujourd'hui sur leurs travaux.
L'œuvre d'un artiste est une série de ramifications, comme le thème de ton exposition, et
qu'en est-il de la lumière ? Elle était très présente dans ton exposition précédente.
Elle est toujours là mais je suis peu à peu rentrée davantage dans l'expression graphique.
Et après, qu'envisages-tu ?
Un élargissement sur le sujet de la racine, peut-être vers le mot "ORIGINE" dans une abstraction plus poussée...


Le choix de la toile "Libre comme l'air" a été retenu en page 78 par la direction de publication de MIROIR DE L'ART.

La toile "En route" sélectionnée par ArtIDEAL


" Lianes" et " Ascension " sélectionnées dans la revue Circle Quaterly Art Review, publiée par Circle Foundation For the Arts.

De la série Vitrail- Exposition Institut français de Budapest-2011-
« Pascale, quel choc, tout chez elle est émotion, couleur , travail de la matière . Son regard sur la nature, ses voyages, des scènes de vie quotidiennes l'inspirent .( cf Retour du pêcheur, Parfum d'émotion, La tasse, Avant le dîner, Tulipe, Nénuphar, Danse ).
Pascale a commencé la peinture il y a 5 ans: l'aquarelle, puis la peinture à l'huile qui lui permet de travailler la couleur et la matière comme elle le souhaite. Elle est toujours à la recherche de nouveautés ….. »
C'est ce que disait Paule Roudaut de Pascale Charrier-Royer lors du vernissage de l'exposition "Quatu'art" au printemps 2010 à la galerie Mélange ,Budapest.
Je me devais donc cette année encore de créer « la Nouveauté » , d'essayer de me renouveler!
« Méditation », premier tableau de la série Vitrail, pourrait s'intituler « Réflexion sur Budapest » ,ou encore « Reflexion sur l'Art Nouveau « . Il est la traduction picturale à la fois de la question ,par le thème du tableau, que je me suis posée à mon retour en France,après un séjour de 3 ans passés à Budapest ,à savoir ce que j'ai apprécié le plus dans cette ville ,et il en est à la fois la réponse par sa forme, par son style influencé de Klimt,fondateur du groupe de la Sézession viennoise,symbole de l'Art Nouveau,mouvement avant gardiste ,qui se répand dans l'Europe Centrale,et dont Budapest reste un témoin privilégié de l'époque. Il est certain que mon séjour à Budapest a renforcé l'intérêt que je portais déjà à ce mouvement révolutionnaire et influencé le choix du thème de l'exposition.
« Méditation « est une stylisation égyptienne ,chérie par Klimt.
Le type féminin « Le peintre « aux chevelures abondantes,ondulées ,était chéri par Mucha.
« Rêve bleu » ou « Folies » répondent au thème de la mode ,également sous influence du courant artistique de l'époque avec la naissance des affiches publicitaires. Le mouvement Art Nouveau s'est étendu aux différentes disciplines, à l'architecture,la peinture, la gravure, et tout particulièrement aux arts décoratifs, ce qui explique le rôle actif et brillant qu'il joua dans la mode et la vie de société autour de 1900.
L'Art Nouveau a le mérite du non-conformisme.La source d'inspiration primordiale est la nature .Les décors floraux s'épanouissent en liberté dans un esprit décoratif (« Baladins », « Arc -en -Ciel « ). Il ne s'agit pas de transcrire les sensations que la nature nous procure, mais d'en analyser les détails et de leur faire subir des métamorphoses décoratives .
L'art Nouveau a en lui un fond mystique , proche du préraphaélisme, et qui se fond sous certains aspects avec le symbolisme. « Entre ciel et Terre », »Complicité », « Rendez-vous » , « l'onde du bonheur « ont été élaborés dans cet esprit , »contemporanisé » aux formes plus simples et plus dépouillées.
Dans les années 1870, des architectes, des peintres et des sculpteurs s'intéressent à la décoration intérieure et au décor architectural . L'idéal poursuivi par ce courant est de faire rentrer l'art et la beauté dans la vie quotidienne . C'est ainsi que par exemple Tiffany se tourne après la peinture vers la décoration intérieure et plus précisément vers l'art du verre .
On utilisera à partir de cette époque de plus en plus le vitrail et les carreaux de verre dans les intérieurs . L'art au lieu d'être une réalité à part, fait désormais partie intégrante du quotidien .
La série Vitrail se veut être aussi un clin d'oeil à l'art décoratif ,et plus spécialement à l'art du vitrail qui trouve son apogée à la même période. Car chaque tableau pourrait être aussi un vitrail .
On y retrouve les couleurs fondamentales bleu d'outre mer ,le turquoise, laque de garance,le doré et l'argent, fréquemment utilisées chez les maîtres verriers .
« Naissance » ou « L 'éclosion de l'art nouveau » ,sous sa forme de vitrail se compose d'une matière diversement opalescentequi enclot des fils métalliques .
Procédé que l'on retrouve également dans « Vitrail » , et « Dame nature « .
« Silhouettes » , "Vire-Volte ", tableaux de transition annoncent l'amorce d'un nouveau genre plus abstrait ,tout en conservant le même procédé.
De même que Tiffany ou Gallé étaient enchantés par les effets imprévus, accidentels, que le travail de ses verriers permettaient d'obtenir , de même j'ai eu envie de peindre les reflets de vitraux imprévus jetés par un rai de lumière sur la pierre, C'est ainsi que sont nés « L'ivresse » et « L'inconnu » ,fruits de l'imagination nourrie du hasard. Qui n'a pas vu se dessiner un visage,un arbre une silhouette, au hasard de la lumière dans un ciel parsemé de nuages ?
La page brillante et vite tournée de l'art nouveau a laissé des empreintes dans mon esprit. Est-ce la redécouverte d'une certaine magie de couleurs ravissantes ? N'est-ce pas seulement une espèce de kitsch ,une tendresse nostalgique pour les choses périmées? Une réaction contre les contraintes d'aujourd'hui ,un refus inconscient de la vie rythmée par la machine parmi des paralélipipèdes de béton ? une bouffée de romantisme, un désir d'évasion dans un passé assez lointain, pour s'embrumer de rêves, et trop proche pour être oublié ?
